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Une affaire de… temps !

man holding clockLes maladies liées à un facteur environnemental  précisément identifié existent, mais elles sont rares. En règle générale, des facteurs multiples les expliquent. Le temps de latence de nombreuses maladies et la variété des polluants potentiels n’y sont pas étrangers.

 

Selon le Docteur William Dab, ancien Directeur général de la Santé en France, 15 à 20 % des maladies sévissant dans les pays européens seraient dues à un environnement dégradé. Rien que chez nos voisins français, elles entraîneraient la mort d’environ 80.000 personnes chaque année . Faut-il avoir peur de respirer ou de s’alimenter ? Bien sûr que non. D’abord, parce qu’un tel chiffre, issu des statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), balaie un spectre très large de maladies, tantôt liées à la fréquentation régulière d’un milieu professionnel contaminé par des polluants, tantôt liées à des comportements individuels « consentis » (fumer), tantôt encore liées à l’exposition à des produits aujourd’hui interdits ou en bonne voie de disparition (amiante, benzène, pesticides organochlorés…) mais dont les effets sont encore « visibles » sur la santé. Bref, c’est un chiffre un peu fourre-tout qui empêche d’y voir clair.

Ensuite parce que, dans la plupart des cas, l’environnement n’est pas le seul facteur expliquant le déclenchement de la maladie. Celle-ci peut également trouver son origine dans des facteurs héréditaires ou dans les habitudes de vie. Ainsi, si l’on sait aujourd’hui que l’amiante est directement responsable de l’écrasante majorité des cancers de la plèvre (mésothéliomes) ou que l’exposition prolongée à de fortes concentrations de radon (un gaz radioactif issu du sous-sol) peut entraîner un cancer du poumon, de tels cas de relation directe entre un agent toxique et une maladie précise sont plutôt rares. Le plus souvent, à faibles doses, c’est la « multifactorialité » qui prévaut : un concours de causes entraîne un phénomène unique. 

Inversement, un même polluant peut être responsable d’une gamme assez large d’affections ou de pathologies. Par exemple, le dioxyde d’azote  (NO2), un polluant très fréquent dans les villes à forte circulation automobile, peut chez un public fragilisé entraîner une crise d’asthme chez l’un ou un problème cardiaque chez l’autre et n’affectera pas du tout une personne en « bonne santé ».

La difficulté d’établir une relation de cause à effet entre un agent toxique et une maladie environnementale s’explique par le temps de latence souvent important entre l’exposition à cet agent et la manifestation des effets : jusqu’à  40 ans pour le mésothéliome ! Elle trouve également son origine dans la sous-reconnaissance des maladies environnementales, encore méconnue du personnel soignant et donc peu visibles dans les statistiques sanitaires. Cela n’a rien d’étonnant : ces dernières décennies ont vu apparaître des dizaines de milliers de produits chimiques dans notre environnement. Ceux-ci n’ont pas toujours fait l’objet d’une évaluation approfondie quant à leurs effets potentiels sur l’homme. Les connaissances sont souvent balbutiantes et doivent être validées par des processus scientifiques rigoureux. Cela prend du temps ! Voilà qui fait dire à nombre d’experts que l’incertitude est le trait commun à la plupart des problématiques liées à la santé environnementale.

Seule certitude actuelle, la manière dont un organisme sera affecté par l’un ou l’autre polluant dépend de plusieurs choses dont l’intensité et la durée de l’exposition à ce polluant ainsi que la fragilité initiale ou non de la personne exposée.