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Les 4 étapes

Les 4 étapes.jpgEvaluation des risques sanitaires, ne pas brûler les (quatre) étapes !

Rien n’est plus difficile, pour un décideur politique, que de prendre des mesures pour protéger la population contre un risque environnemental. Celui-ci est souvent flou, variable et la littérature scientifique n’est pas nécessairement fouillée à son sujet. Quant aux experts, ils ne sont pas nécessairement unanimes sur l’intensité des risques encourus… Que le responsable politique s’abstienne, et on l’accusera d’insouciance ou d’irresponsabilité. Qu’il prenne des mesures draconiennes, et on lui reprochera son autoritarisme ou sa démagogie face à l’inquiétude des électeurs. Heureusement, s’il est bien entouré, il peut disposer d’une somme d’informations synthétiques et de bonne qualité. Celles-ci se formalisent au cours des quatre étapes qui forment l’évaluation des risques.

1/ Identifier le danger

2/ Estimer le risque en fonction de la dose de produit présente

3/ Estimer les expositions

4/ Caractériser le risque

 

1/ La première est l’identification du danger. Elle consiste à faire la liste des agents ou des substances présents dans l’environnement et potentiellement dangereux. La liste est rarement exhaustive. Cette première étape consiste également à recenser les effets indésirables liés à ces agents, qu’il s’agisse de simples désagréments (gastroentérites) ou de pathologies nettement plus préoccupantes (cancers…).

La complexité du travail est grande du fait qu’on a souvent affaire à  une grande variété d’agents, qu’ils soient chimiques, biologiques ou physiques. Or, à part quelques exceptions notoires (poussières de bois/cancer de l’ethmoïde,  amiante/cancer de la plèvre), les phénomènes d’interactions entre agents dangereux restent relativement méconnus ou liés à plusieurs facteurs. Ils peuvent être simplement additifs (s’additionnant), synergiques (démultipliant leurs effets respectifs) ou antagonistes (deux types d’effets s’annulent).

 

2/ La deuxième étape consiste à estimer le risque encouru en fonction de la dose de produit présente càd la proportion de personnes présentant l’effet pour une dose donnée. Les effets sont de deux types : avec ou sans seuil. Pour les agents chimiques (notamment), la gravité des effets augmente avec la quantité de produit présent dans l’environnement. Selon l’approche toxicologique classique, il n’y a pas d’effet toxique en-dessous d’un certain seuil d’exposition (qu’elle soit alimentaire, cutanée, aérienne...).

Pour d’autres types d’agents, en particulier les agents physique (par exemple les rayons ionisants), les effets peuvent se faire sentir dès qu’il y a une exposition, si petite soit-elle. Autrement dit, il n’y pas, ici, de seuil à prendre en considération. Toutefois, dans le domaine environnemental où les doses sont faibles, certains toxicologues estiment qu’il n’y a pas d’effet observable dans l’état actuel des techniques disponibles… . Cela signifie que les risques doivent être régulièrement réévalués en fonction des nouvelles connaissances et techniques. Des travaux scientifiques tendent à remettre en question la relation linéaire entre la dose et l’effet (. Ainsi, l’exposition à de très faibles doses de certaines substances (par exemple les perturbateurs endocriniens, comme le Bisphénol A) pourrait entraîner des effets plus importants qu’à des doses plus élevées. C’est le cas, semble-t-il, lorsque l’exposition se fait à certains stades du développement (période périnatale, adolescence). Les relations entre la dose et l’effet sont alors irrégulières.

 

3/ La troisième étape est l’estimation des expositions. Elle consiste à évaluer l’intensité, la durée et la fréquence (aiguë ou chronique) de l’exposition. La voie d’exposition a également toute son importance (respiratoire, digestive ou cutanée) et elle est fonction des comportements des personnes concernées.  On sait par exemple que l’influence des produits non volatils émis par un incinérateur est 200 à 500 fois plus importante par la voie alimentaire que par la voie de l’inhalation. Il faut également prêter attention aux habitudes des personnes concernées : les polluants extérieurs, par exemple, ont moins d’impacts, en termes d’exposition, que les polluants intérieurs puisque nous passons en moyenne 80 % de notre temps à l’intérieur. Il existe des expositions sournoises,  ainsi, les bébés nourris au sein sont très exposés aux toxiques solubles dans les graisses.

Pour se faire une idée correcte de l’exposition, le médecin peut avoir recours à des questionnaires ou à des mesures biologiques, par exemple du sang, des urines, des cheveux, etc.  Lorsque les mesures sont difficiles ou impossibles, on passe par une modélisation. Celle-ci consiste à traduire toutes les données disponibles sur une situation donnée en paramètres et en équations. On obtient alors un modèle mathématique permettant de simuler toutes sortes de phénomènes physiques, chimiques ou biologiques. Ce modèle accouche d’une prédiction d’exposition. A noter que celle-ci n’est jamais absolue, puisqu’elle est le résultat de divers choix et hypothèses opérés préalablement. D’une façon générale, cette étape est d’autant plus complexe que la pollution est ancienne. Mais la complexité s’explique aussi par le fait que beaucoup de pollutions entraînent des expositions de faibles niveaux, mais multiples et chroniques avec des interactions complexes entre elles.

 

4/ Enfin, la quatrième étape est la caractérisation du risque où le risque est le produit du danger par l’exposition. Véritable synthèse de tout ce qui précède, cette étape doit donner une idée du risque, c’est-à-dire de la probabilité de survenue d’effets indésirables auprès d’une population étudiée. Idéalement, elle donne des indications sur le nombre de personnes susceptibles d’être touchées. Elle est formulée avec un indice de confiance lié à la fiabilité des informations traitées pendant les trois étapes précédentes. Ouverte à la discussion et à la critique, la caractérisation du risque est censée permettre une décision plus aisée. Pour faciliter cette prise de décision, elle peut inclure des comparaisons avec des situations proches ou analogues, de même que des éléments liés à l’état de connaissance de la population, ses attentes, ses craintes, etc.